Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /Fév /2009 11:17
Pas question cette fois ci d'y aller à pieds, Philippe habitait trop loin, et les rues d'Avignon n'étaient quand même pas très sûres pour une jeune fille seule la nuit. D'un coup d'ascenseur, elle descendit jusqu' au parking où était garée sa voiture, mit le contact et démarra. Elle brancha son oreillette à son portable et composa le numéro de son ami.
- Allo Phil ?
- Oui, Lise, Tu es où ? Demanda son ami
- Je pars à l'instant, je serai chez toi dans cinq minutes.
- Ok ! Pas de problème ! Par contre, changement de programme, on a rendez vous au pub le Lion Irlandais, Alex ne peut pas venir jusqu' ici, sa voiture à un problème.
- Ha bon ? Elle est tombée en panne ? Demanda Lise par simple curiosité.
- Pas exactement, un petit plaisantin lui a crevé les quatre roues ! Alex était furieux, il m'a raconté tout ça cet après midi lorsqu'il m'a envoyé le coursier. J'ai ton médaillon d'ailleurs !
- Ok ! Pas de souci pour moi, chez toi ou là bas, ça n'a pas vraiment d'importance… Haaaa putin ! Quel con celui là,…on vient de me griller une prio, il a bien failli me percuter cet abruti, encore un de ces apprentis débiles qui roulent comme un dingue sous prétexte qu'il vient d'avoir le permis ! Quand il aura fauché un gamin et qu'il l'aura tué, il sera content d'avoir briser sa vie, et celle de tous ses parents et amis !
- Lise ne t'emballe pas, tenta de la modérer Philippe, en plus ce n'est pas tous des apprentis et tous les apprentis ne sont pas comme ça non plus !
- Oui, je sais, mais je ne comprends pas qu'on puisse être aussi con pour jouer avec la vie des autres !
- Je sais, mais il ne s'en rendent pas compte, c'est un large débat, voire même un phénomène de société et …
- Et ça n'excuse rien Phil, mon oncle vient de mourir d'une saloperie récoltée dans les rizières de l'Asie en essayant de propager ses idées catholiques à l'autre bout du monde. Il avait soixante douze ans donc même si c'est encore jeune on peut dire bien vécu, et mort en faisant ce qu'il aimait, mais je t'assure que ma grand-mère le pleure comme s'il en avait eu dix. L'émotion la submergeait, elle en avait les larmes qui montaient aux yeux, mais continua son discours. Maintenant, je te laisse imaginer la douleur d'une mère qui enterre son enfant, alors que celui-ci n'a pas eu encore le loisir de vivre sa vie !
- Je sais Lise, ce que je voulais dire c'est que l'on est tous des tueurs potentiels, moi, toi-même, regarde avec ton portable. On doit tous faire attention !
- Oui, ben justement, je raccroche, descends, je suis arrivée ! Dit-elle rageuse en pressant le bouton d'arrêt de son téléphone.
Elle n'eut pas longtemps à attendre, Philippe sortit de son immeuble, regarda à gauche et à droite, puis aperçut la petite 206 rouge garée un peu plus bas. Il se dirigea vers elle et monta à côté de Lise sans dire un mot.
Elle n'en dit pas d'avantage et remit le moteur en route. Ce fut Philippe qui rompit le premier le silence.
- On va pas s'engueler pour ça quand même ? Excuse moi, j'ai été maladroit tout à l'heure. Dit-il l'air véritablement contrit.
Lise retrouva aussitôt le sourire, le gros poids qui pesait en elle depuis leur conversation s'évacua comme par magie.
- Excuse moi aussi, je n'aurais pas dû m'énerver, c'est vrai que je suis un peu à fleur de peau en ce moment.
Philippe se pencha et l'embrassa sur la joue.
- Tout est oublié répondit-il avec le sourire. Bon ! On ne va pas tarder d'être fixé sur ton bijou. Alex m'a bien laissé le résultat de ses mesures, mais je n'ai pas encore eu le temps d'y jeter un coup d'œil. Au fait tes partiels alors ?
Lise fit la grimace.
- Bof, vraiment pas terrible cet après-midi ! Et toi ?
- Ça allait un peu mieux que ce matin, je pense que je ne m'en suis pas trop mal sortie. On verra bien aux résultats.
Ils arrivèrent près du pub, et cherchèrent une place pour se garer.
- Tiens en voila une ! S'exclama Phil en montrant du doigt un espace libre entre deux voitures.
Lise manoeuvra adroitement et deux temps trois mouvements, elle s'était insérée entre les véhicules stationnés. Ils descendirent et pénétrèrent dans le troquet. C'était un Pub comme les autres, il s'octroyait un air irlandais, avec trèfles et farfadets traditionnels bien que le patron fut de pure souche marseillaise. Il se trouvait près de la zone agroparc, l'autre campus universitaire, et drainait donc beaucoup d'étudiants. Lise et Philippe saluèrent deux ou trois connaissances et s'installèrent à une table.
- J'espère qu'Alex ne va pas être trop long ! J'ai hâte de savoir de quoi il retourne, lâcha Philippe.
- Fais voir les documents s'il te plaît. Dit Lise en tendant la main.
Elle prit la liasse de papiers, la feuilleta rapidement, et d'un air dubitatif la repassa à Philippe.
- Je n'arrive pas à déchiffrer tous ces calculs et toutes ces formules, mais si l'on en croit sa conclusion, le pendentif n'est vraiment pas fait dans un métal connu !
Philippe avait sorti le médaillon, et l'observait, comme pour déceler la vérité.
- Il faut quand même reconnaître que c'est étrange qu'il paraisse aussi neuf. Fais voir, ajouta-t-il en prenant les feuillets.
Les études techniques de Philippe lui permettaient de lire plus facilement le compte rendu des mesures et chaque fois qu'il tournait une page, il hochait la tête avec un air de surprise.
Lise le regardait faire, attentive au moindre mouvement, avide de savoir.
- Alors ? Dit-elle, c'est vrai ?
- Oui ! Aucun doute, Alex a fait tout ce qu'il fallait faire, et même l'analyse spectroscopique…
- Mais c'est quoi ton spectroscopique là, je ne comprends rien ! Dit Lise énervée.
Elle voulait absolument comprendre pour pouvoir y croire.
Philippe prit son air le plus pédagogue.
- Quand une matière est portée à incandescence, elle émet une lumière qui est caractéristique des constituants atomiques de cette matière. La lumière émise par un atome excité est constituée de différentes longueurs d'onde très spécifiques que l'on peut considérer comme l'empreinte digitale de l'atome. Par exemple, les phares de voitures, suivant leur constituant, ils seront jaunes, blancs, bleutés etc. Tu comprends ?
- Oui, oui, sans problème, donc si je suis bien, malgré ce teste là, la matière du médaillon n'a pas pu être identifiée, Alex en conclut donc qu'elle est inconnue. C'est ça ?
- Absolument ! Il a quand même pris la peine de faire en plus d'autres tests chimiques pour vérifier sa thèse et il a même contrôlé sa radioactivité, qui n'est pas plus importante que celle d'un bout d'allumette.
- Bon sang, mais c'est extraordinaire !
Lise semblait réagir, mais les questions qui fusaient dans son esprit l'embrouillaient à présent.
- Mais alors d'où vient-il ? Comment mon oncle s'est-il approprié ce bijou ? Pourquoi avoir créer un bijou dans ce métal ? Et que va-t-on faire maintenant avec ça ? Comment…
Mais Philippe posa sa main sur la sienne et la coupa.
- Chut, calme toi, j'ai peut-être une idée la dessus, enfin sourit-il, plusieurs !
Le cœur de Lise bondit en sentant sa peau contre la sienne. Le médaillon disparaissait de ses soucis en une fraction de seconde et les paroles de Candice revenaient " elle m'a dit qu'ils avaient rompu parce qu'elle le sentait amoureux de toi !" Elle regarda Philippe dans les yeux, essayant de savoir. Mais rien ne laissait présager qu'elle put avoir raison. Ses yeux brillaient d'excitation, mais au vue de la découverte, il aurait été étonnant du contraire. Philippe ne sembla pas s'apercevoir que Lise avait décroché de la conversation et continuait son exposé.
- Voilà ! Qu'en penses- tu ?
Lise rougit, gênée.
- Heu…ben …je ne sais pas, tu peux me la refaire version courte, je n'ai pas tout suivi là.
Philippe ne se formalisa pas.
- Le métal provient d'une météorite, un ancien peuple en a fait un bijou, ou comme je le suppose, un instrument qui sert à quelque chose. Parce que je doute vraiment qu'il soit aussi élaboré pour rien !
- Admettons, mais quel peuple ancien ? Je n'ai jamais entendu dire qu'aucun peuple antique n'ait eu ce genre de truc. Les égyptiens peut-être auraient pu, les babyloniens aussi, une espèce de calendrier astral, ou un appareil servant de calculatrice pour calculer la position des étoiles. Les babyloniens étaient très forts en astronomie !
Lise se pencha sur le médaillon et souffla.
- Ces caractères ne ressemblent pas à des hiéroglyphes, ni même à leurs précurseurs.
Elle essayait de se remémorer ses cours sur les premiers alphabets. Philippe restait pendu à ses lèvres, n'osant l'interrompre de peur qu'elle ne perde le fil de ses idées.
- On dirait des runes, mais je ne vois pas de quelle peuplade est leur origine.
- Des runes ? Tu veux dire ces petites pierres gravées dont les sorciers marabouts exorcistes se servent pour lire l'avenir ?
Lise éclata de rire:
 - Non à l'origine les runes sont l'alphabet runique ou Futhark. C'est un terme formé à partir du nom des six premières lettres de cet alphabet. Au contraire des lettres de l'alphabet latin, les runes ont des noms dotés de leur sens propre. Il était l'alphabet utilisé par les anciens peuples de langue germanique, tels que les Anglo-saxons pour écrire le vieil anglais ou les Scandinaves pour écrire le vieux norrois. Mais effectivement, on le retrouve aussi dans la culture Africaine.
- Et tu saurais les déchiffrer ? Demanda Philippe plein d'espoir.
- Ho non ! J'en suis bien incapable ! Puis elle s'arrêta un moment.  Il nous faudrait un spécialiste des langues primitives, comment il s'appelait déjà ce prof que j'avais eu en première année ? Ha ! Bon sang, je n'arrive pas à me souvenir. Faudrait demander à Candice ou à Jenny, elles s'en rappellent peut-être.
Philippe reprit le pendentif dans ses mains pour essayer à son tour de comprendre.
- Regarde dit-il, on dirait des mots, on remarque bien les espaces entre eux ! Et même apparemment il n'y en a que trois sur le cercle intérieur, alors que sur le pourtour, ça ressemble plus à une phrase.
- Oui, dit Lise en regardant, tu as sûrement raison. Mais après, comment savoir ce qu'il y a d'écrit et à quoi peut servir ce bijou, même si tu avais la correspondance des lettres, il faudrait en plus connaître la langue !
 Puis Lise regarda sa montre:
 - Bon sang, mais il fait quoi ton Alex là ? Ça fait presque une heure qu'on l'attend, tu devrais peut-être essayer de l'appeler pour voir.
Philippe décrocha son téléphone et composa le numéro.
La sonnerie retentissait à l'autre bout. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Philippe s'attendait à avoir la messagerie lorsqu'une voix de femme retentit.
- Allo ! Qui est à l'appareil ? Demanda-t-elle.
- Heu…ben…Excusez-moi, j'ai du faire un mauvais numéro, répondit Philippe qui s'attendait à avoir son ami au téléphone.
- Non, non, ne raccrochez pas, ordonna la voix. Je suis le commissaire Jasmin, veuillez décliner votre identité s'il vous plait.
Philippe hésita.
- Je m'appelle Philippe Fontaine, et je suis un ami d' Alex Forestier. Nous avions rendez- vous ce soir…mais, que se passe-t-il ? Pourquoi avez-vous son téléphone ?
- Monsieur Fontaine, je n'ai pas une bonne nouvelle à vous apprendre. Votre ami vient d'être admis aux urgences de l'hôpital, il a été poignardé en pleine rue. Aussi, je souhaiterais que vous veniez au commissariat, j'aimerais vous entendre.
Par Claret Bruno
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Les runes Atlantes


Lise était triste, elle venait d'enterrer son oncle, un ancien missionnaire. Mais en découvrant le vieux médaillon qu'il avait caché dans ses affaires, elle était loin d'imaginer la tournure qu'allaient prendre les événements. Percer les mystères de cette vieille langue, courses-poursuites, voyage au bout du monde, danger permanent pour tenter d'échapper entre autres à la secte du Timée. Une vie bien diffèrente de ses petites habitudes d'étudiante à la fac d'Avignon l'attendait ! Heureusement, elle pouvait compter sur Philippe, son ami de toujours. Mais cela suffirait-il ? 

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