Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 11:38

 

La fine pluie froide de ce mois de novembre venait se mélanger aux larmes qui coulaient sur son visage. Lise était transie. Tout son corps lui faisait mal. Des tremblements incontrôlables la parcouraient. Le vent glacial s’insinuait en elle et la pénétrait jusqu'aux os. Chaque souffle qui la fouettait lui donnait l’impression d’être transpercée par de multiples poignards. Mais la plus violente douleur était dans son cœur.

Les lourds nuages noirs écrasaient le ciel de leur sombreure hivernale et malgré l’heure encore précoce de l’après-midi, il était difficile de ne pas croire à l’arrivée imminente de la nuit sur le petit cimetière. Saint Romain le désert n’avait jamais aussi bien porté son nom. Même Saint Agréve, le village voisin que l’on apercevait habituellement en face, restait invisible. L'épaisse couche de brume, accentuait encore plus l’impression de solitude de ces silhouettes qui courbaient le dos près des tombes.

Le père curé ne s’éternisa pas, il lâcha rapidement ses dernières prières, claqua son livre de messe et le remit à l’abri de l’humidité dans sa poche. Il tendit le bras, fit un signe de croix à l’aide de son goupillon d’eau bénite au-dessus du cercueil. L’objet liturgique passa de mains en main jusqu'à celles de Lise. Son contact gelé lui glaça un peu plus le coeur, comme pour lui rappeler la mort de celui que l’on enterrait aujourd’hui : son oncle François-Pierre.

Il était revenu dans son Ardèche natale depuis seulement deux ans. Missionnaire, il avait parcouru le monde et terminait ses dernières années de vivacité au Vatican. Là, une maladie exotique qu'il avait contractée lors de ses voyages, s'était réveillée et devait l'emporter. Fatigué, usé il avait souhaité finir sa vie au calme sur sa terre natale. Donner un petit coup de main à l’abbé de la paroisse et connaître sa petite nièce avaient été pour lui une source de joies.

Lise sanglotait, tremblante de froid et de douleur. Elle pleurait pour sa peine de perdre cet homme bon et généreux qui avait consacré sa vie à l’église et surtout pour la peine de sa grand-mère : cette pauvre femme qui enterrait son fils, bouleversant ainsi l’ordre naturel des choses.

Elle jeta une dernière fois un regard à la sépulture et tendit le goupillon à son voisin de droite, cédant machinalement sa place dans ce défilé funèbre.

Une petite main chaude prit la sienne, serrant ses phalanges engourdies.

- Ne pleure pas ma Lisette, il a rejoint celui qu’il a aimé toute sa vie,… il est bien maintenant. 

 Lise regarda sa grand-mère, son visage parcheminé lui souriait. Comment une femme qui avait vécu tant de choses si dures dans sa vie avait-elle  encore cette force de la réconforter dans un moment pareil ? La douce chaleur de sa main flétrie l’envahissait. L’amour de sa grand-mère se déversait dans son cœur par cette brèche, ce lien étroit : juste quelques doigts et un sourire.

Marie-Eugenie Célie était pour Lise tout ce qui lui restait de ses parents décédés quelques années auparavant dans un accident de voiture. Et même si ses études l'avaient désormais emmenée loin, elles s’aimaient énormément.

 

Elles passèrent la grille en fer rouillé qui ne tenait plus que par un gond, pour se diriger vers le parking. La vieille femme marchait au côté de sa petite fille, quand elle trébucha sur une ornière. Elle se rattrapa de justesse contre un rocher, une de ces grosses pierres plantées, plus hautes qu'un homme, pour marquer les limites des propriétés.

- ça va ? Tu ne t'es pas fait mal ? Demanda Lise

La vieille dame hocha la tête pour dire que non. Gardant la tête basse, pour cacher les larmes qui lui emplissaient les yeux et l'empêchaient de voir où elle mettait les pieds.

 Lise pas dupe, prit sa mémé (comme elle l'appelait) par le bras et l’accompagna le long du chemin qui contournait la petite église. Elle n'avait pas souhaité que les amis de la famille présentent leurs condoléances à la sortie du cimetière, comme c'était parfois de coutume. La douleur de perdre son fils suffisait. Leurs deux silhouettes se détachaient du paysage. Celle de Lise : jeune, gracile et souple, celle de Marie-Eugenie Célie : frêle courbée, fragile. Elle l'aida à entrer dans sa petite 206 rouge. Et s'installa à son tour. Elle hotta son châle sombre, découvrant dans la lumière du plafonnier de magnifiques cheveux noirs et lisses tombant sur ses épaules. Ses joues rougies par la bise et son teint pale, faisaient ressortir encore plus ses grands yeux verts. Lise était ce que l'on peut appeler une très belle femme. Elle mit le moteur en route. Les roues crissèrent sur le gravillon de la placette et le clocher pourvu de son unique cloche disparut bientôt ne laissant qu'une ombre fantomatique derrière elles.

La chaleur ne tarda pas à se répandre dans l'habitacle, Lise regarda sa grand-mère, elle semblait usée, elle ne lui avait jamais parue si vieille.

- Lise, j'aimerais que tu me rendes un service délicat commença la mémé en rompant le silence. Sa voix chevrotait légèrement, trahissant l'émotion qui la gagnait.

- Que veux-tu que je fasse ? Demanda la jeune fille inquiète.

- Pierre a fait don de presque tout ce qu'il possédait à l'église. Seule une vieille malle lui appartenant est restée à la maison. Une larme perla sur sa joue. J'aimerais que tu t'en occupes s'il te plait, moi je n'en aurai pas la force. Garde ce que tu veux, donne le reste.

Lise lui caressa la joue, essuyant la larme.

- Bien sûr Mémé. Répondit-elle doucement d'un sourire bien veillant. La mission que lui confiait sa grand-mère lui broyait le cœur, mais elle lui devait bien ça.

Elles ne tardèrent pas à arriver à la maison familiale. Cette lourde bâtisse carrée plusieurs fois centenaire, dont la silhouette trapue se détachait sur la lande.

Par Claret Bruno
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Je t'ai surtout connu pour les tungstenes, dont je suis une fan inconditionnelle, mais là j'avoue que je reste bluffé par la qualité de ton écrit, on sent bien que ce n'est plus du roman jeunesse. J'apprecie particulièrement la profondeur des sentiments, la description des décors des embiance, j'en avais des frisons dans le dos, et des larmes au yeux. Et puis quel musique !!!! on la croirai écrite pour ça ! Merci pour ce moments. Je cour lire la suite.
Commentaire n°1 posté par AngelinaJF le 23/11/2008 à 19h47
Merci AngelinaJf, je suis content que ça te plaise, je voulais faire quelque chose de different, je pense que c'est le cas. Content que les fans de Tung ne soit pas déçu non plus :-)
Réponse de Claret Bruno le 04/12/2008 à 14h06
J'aime beaucoup, surtout l'intro avec la musique des pink floyd, c'est trop top ! on s'y croirait ! je cours lire la suite
Commentaire n°2 posté par diplodine le 04/12/2008 à 15h17
Merci, j'ai toruv effectivement que la musque allait bien avec, le son des cloches alors qu'on lit l'enterrement ...
Réponse de Claret Bruno le 08/12/2008 à 14h24
Vraiment super chapitre, l'ambiance, le décor, on s'y croirait, je cours lire la suite au fait, ça existe vraiment ce village ?
Commentaire n°3 posté par Adeline34 le 27/03/2009 à 08h47
Merci, oui ça existe vraiment, c'est un petit village d'ardeche, dans la commune de Mars (authentique ! )
Réponse de Claret Bruno le 28/03/2009 à 18h02
Bonjour
C'est avec plaisir que nous t'accueillons dans notre communauté des "contes et légendes". Tes écrits vont réveiller en nous les lecteurs de rêverie.
Ce we s'annonçant pluvieux, je pense découvrir ton roman.
Bienvenue !
Commentaire n°4 posté par Le Chevalier Dauphinois le 08/04/2009 à 13h12
Merci, le plaisir est pour moi, et j'éspère que ça te plaira
Réponse de Claret Bruno le 12/04/2009 à 13h49
Bonjour, merci pour votre participation à ma communauté, je vous valide aujourd'hui, je repasserai lire vos articles, bonne journée
Commentaire n°5 posté par revelise le 08/04/2009 à 13h41
Merci
Réponse de Claret Bruno le 12/04/2009 à 13h49
Merci d' etre rentrer dans ma communauté......
c'est un cdeau


M aussi de nous nous permettre de lire ce très beau ebook et la boutique
c"est vous qui les écrivez Je vais faire une annonce sur mon blog
abientôt de vous lire
Commentaire n°6 posté par cocolou le 19/04/2009 à 03h13
C'est toujours un plaisir d'être lu :-)
Réponse de Claret Bruno le 08/06/2009 à 11h38
re
Commentaire n°7 posté par cocolou le 20/04/2009 à 00h31
idem
Réponse de Claret Bruno le 08/06/2009 à 11h39
pardon
Commentaire n°8 posté par cocolou le 20/04/2009 à 00h31
aucun soucis
Réponse de Claret Bruno le 08/06/2009 à 11h39
je suis désolée
Commentaire n°9 posté par cocolou le 20/04/2009 à 00h41
no pb
Réponse de Claret Bruno le 08/06/2009 à 11h39
Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!
Commentaire n°10 posté par dissertation le 19/08/2009 à 16h09
Thanks
Réponse de Claret Bruno le 08/12/2009 à 10h26
Merci de faire partie de ma communauté (Livres)! Nous avons le même amour des livres... N'hésitez pas à me rendre visite je vais moi-même découvrir votre blog avec plaisir....
Marc
Commentaire n°11 posté par Marc Lefrançois le 09/10/2009 à 11h31
C'est un plaisir, et je n'y manquerai pas.
Réponse de Claret Bruno le 08/12/2009 à 10h27
Bonjour,
Je suis graphiste free-lance actuellement à Montréal je suis venu sur votre blog via l'annuaire d'over-blog. Il est sympa votre blog ce que vous faites est bien.
Si ça vous tente vous pouvez venir découvrir mes créations
http://www.nicolaslizier.com/
Bonne continuation dans vos projets.
Nicolas graphiste au Canada
Commentaire n°12 posté par Nicolas le 10/03/2010 à 03h43

Les runes Atlantes


Lise était triste, elle venait d'enterrer son oncle, un ancien missionnaire. Mais en découvrant le vieux médaillon qu'il avait caché dans ses affaires, elle était loin d'imaginer la tournure qu'allaient prendre les événements. Percer les mystères de cette vieille langue, courses-poursuites, voyage au bout du monde, danger permanent pour tenter d'échapper entre autres à la secte du Timée. Une vie bien diffèrente de ses petites habitudes d'étudiante à la fac d'Avignon l'attendait ! Heureusement, elle pouvait compter sur Philippe, son ami de toujours. Mais cela suffirait-il ? 

Tungstene Editions c'est aussi

Des romans et Des Bandes dessinées
 Le livre Tungstene et le coquillage magique
Le livre Tungstene 2 qu\'est ce qu\'on ne ferait.
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés