Samedi 18 décembre 2010 6 18 /12 /Déc /2010 09:05

Quelques secondes plus tard, elle s'était téléportée dans la penderie de la chambre à coucher de la mémé. Le dos contre le fond de l'armoire, la figure dans les vieilles robes qui sentaient la naphtaline, elle chercha à tâtons sur la paroi de bois le petit renflement qu'elle avait découvert étant petite lors d'une partie de cache-cache. Ses longs doigts fins glissèrent un moment sur le bois lisse puis butèrent sur ce qu'elle attendait. Une bouffée de plaisir montant en elle. Le bouton était toujours là, caché dans les veines du bois, sous la forme d'un banal nœud. Personne n'y aurait fait attention et elle-même ne l'aurait pas découvert si par hasard ses petites mains curieuses de l'époque ne s'y étaient pas attardées à le tripoter pour tromper sa nervosité à ne pas être découverte trop tôt dans le jeu.

Lise le pressa une nouvelle fois et comme des années auparavant, il s'enfonça délicatement et sans un bruit déverrouillant le fond de l'armoire qui servait de porte à un passage secret.

Il était là depuis la construction de la bâtisse, environ 300 ans plus tôt. À l'époque elle était une dépendance du château voisin, situé à quelque huit cents mètres. Ses propriétaires l'avaient fait construire pour pouvoir s'enfuir discrètement en cas d'attaque.  Le temps n'avait pas eu raison de lui et il reliait toujours les deux bâtiments par ses deux bouts.  L'un commençant derrière une tenture d'un couloir, l'autre débouchant ici dans cette penderie. L'actuel châtelain, descendant direct de la famille de l'époque n'avait pas jugé utile de le faire boucher. Il s'était entendu sur cela avec la mémé, jurant chacun de leur côté, de garder ce passage secret aux personnes extérieures. C'était l'explication que lui avait donnée la mémé à ce moment-là. Mais Lise les avait soupçonné de l'utiliser à nouveau depuis que le pépé était mort, pour des retrouvailles disons plus…romantique.

 Ceci étant fait Lise tendit l'oreille. Elle entendit les deux vieilles femmes parler. Visiblement à la teneur des leurs propos, elles devaient être seules.

Lise entrebâilla la porte de la penderie et à pas de velours entra dans la chambre.  Les deux femmes lui tournaient le dos. Mémé assise devant la coiffeuse leva soudain le regard dans le grand miroir et l'aperçu. Elle s'apprêta à pousser un cri lorsque Lise lui fit signe de se taire. Aussitôt la mémé donna un coup de coude à la tante Yvonne en lui montrant Lise derrière elle et en reproduisant le geste. Lise les enlaça fortement. Son cœur bondissait, elle les aimait tellement. Et comme le lui avait fait si bien remarquer Montargis quelques minutes plus tôt, elles étaient les dernières survivantes de sa famille. Une larme coula sur sa joue. Elle l'essuya d'un revers de manche.

- Ma Lisette, C'est de la folie d'être venus jusque ici ! Le passage secret, tu t'en es souvenu ! Dit la mémé en rougissant un peu. Nous y avions pensé aussi, mais nous voulions savoir ce qu'il comptait faire de toi avant de partir chercher du secours ! Continua-t-elle.

- Voilà un beau secret de famille qui va nous servir, dit Lise en souriant. Venez vite fichons le camp d'ici.

Les trois femmes s'engouffrèrent dans l'armoire, Lis resté dernière, referma les battants des portes, repoussa à leur place les robes afin de ne pas éveiller les soupçons. Elle passa de l'autre côté repoussa le fond de l'armoire et verrouilla le système. Personne ne pourrait savoir par où étaient parties les vieilles femmes.

Elles se trouvaient à présent sur une plate forme au début d'un couloir de pierre aménagé dans les murs qui longeaient la maison. Une volée d'escalier les ramenait au niveau plus bas, puis sans que l'on s'en aperçoive vraiment, il continuait percé dans la roche.

- Attends, dit la mémé avant que Lise ne passe première. Prends ça !

Elle lui tendit une lampe tempête pourvue d'une bougie qui semblait presque neuve.

Lise la regarda amusée, croisant son regard, la mémé rougit un peu plus. Sans un mot, Lise posa un baiser sur sa joue et lui chuchota :

- Moi aussi j'ai un amoureux secret et tu le connais même très bien. 

La mémé fendit son visage d'un grand sourire.

- Philippe !

Lise acquiesça de la tête, elle savait que sa mémé approuvait.

Elle alluma la bougie, referma la petite porte en verre de la lanterne et descendit la première. Le tunnel de pierre serpentait sous l'épaisse couche de terre et de neige. La température bien que fraîche y était plus agréable qu'à l'extérieur.  Au bout d'un bon quart d'heure, les filles débouchèrent devant une autre plate forme. Lise se retourna et regarda les deux femmes qui la suivaient.

- Écoutez, je ne peux pas encore vous expliquer comment je suis arrivé là, mais…Elle hésita un moment, espérant que les deux femmes ne lui poserez pas trop de questions. Léon n'est pas au courant ! Je ne suis pas passé par chez lui pour venir.

- Quoi ? Mais ? Comment ? Dit Yvonne qui semblait elle aussi très au fait que la mémé voyait régulièrement le châtelain.

- Je ne peux pas vous en dire plus, c'est aussi un secret de famille…et…Mais elle n'eut pas plus à en dire.

- François ? dit la mémé en prenant le médaillon qui dépassé du sous-pull.

- Oui ! Se contenta de répondre Lise.

- Alors, ne discutons pas plus, allons-y, répondit la mémé et elle tira sur une poignée et ouvrit la porte de sortie.

Comme prévu, elles débouchèrent dans un couloir du château, derrière la tapisserie d'un chevalier aux prises avec un dragon.

- Léon ! Appela la mémé.

- Marie ? Répondit un petit homme dégarni du même âge qu'elle qui passa la tête par une porte.

Son visage s'étonna lorsqu'il vit les deux femmes avec elle.

- Yvonne ? Lise ? Mais que faites-vous ici ? Demanda-t-il inquiet.

Lise prit les devants.

- Écoutez, prenez soin de ma grand-mère et de tata, elles ont été un peu secouée, mais elles vont vous raconter, appeler la gendarmerie et envoyer les à la maison. Moi j'ai un travail à terminer avant, ne vous inquiétez pas pour moi !

Elle n'attendit pas les objections et se précipita à nouveau dans le sou terrain.

Par Claret Bruno
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Les runes Atlantes


Lise était triste, elle venait d'enterrer son oncle, un ancien missionnaire. Mais en découvrant le vieux médaillon qu'il avait caché dans ses affaires, elle était loin d'imaginer la tournure qu'allaient prendre les événements. Percer les mystères de cette vieille langue, courses-poursuites, voyage au bout du monde, danger permanent pour tenter d'échapper entre autres à la secte du Timée. Une vie bien diffèrente de ses petites habitudes d'étudiante à la fac d'Avignon l'attendait ! Heureusement, elle pouvait compter sur Philippe, son ami de toujours. Mais cela suffirait-il ? 

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