Partager l'article ! Chapitre 43 JPB: La neige tombait dru désormais. Lise frissonna, mais cela n'entachait en rien sa détermination. Elle pressa sur la petite sonn ...
La neige tombait dru désormais. Lise frissonna, mais cela n'entachait en rien sa détermination. Elle pressa sur la petite sonnette dorée et attendit. Quelques secondes plus tard, le visage débonnaire du père Bret passa par la porte, mais son sourire s'effaça dès qu'il la vit.
- Ah ! Lise ! ...Bonjour...Je suis désolé, dit-il gêné, mais je n'ai pas le temps de te recevoir.
Il allait lui fermer la porte au nez, mais Lise coinça son pied dans l'entrebâillement et l'en empêcha.
- Permettez-moi d'insister, Père, mais je crois que vous me devez quelques explications à propos de ça ! Dit-elle en lui montrant le médaillon.
- Je n'en sais pas plus, je te l'ai déjà dit, répondit-il froidement.
Lise sentit monter en elle la fureur.
- Arrêtez de vous moquer de moi ! Dit-elle sur le point d'exploser. Je sais très bien que c'était vous sur la photo avec mon oncle et je suis au courant des détails particuliers de ce pendentif ! Je veux la vérité complète !
Le curé sembla réfléchir un moment.
- Entre, se contenta-t-il de répondre en jetant un œil dehors afin de s'assurer qu'elle était bien seule.
Lise franchit la porte qu'il referma derrière elle à double tour.
Sans dire un mot, il lui fit signe de passer dans la salle à manger et de s'asseoir. Puis il prit une tasse et lui servit un café.
Lise le remercia toujours un peu renfrognée et attendit qu'il veuille bien lui en dire plus.
Le père Bret s'assit en fasse d'elle et planta ses yeux dans les siens.
Surprise par la profondeur de son regard, Lise se décontenança.
- Que veux-tu savoir exactement ? Demanda-t-il d'une voix calme et posée.
- Tout, quand, comment, pourquoi ?
- Je ne pense pas que ce soit à moi de te répondre à toutes ces questions. Mais je consens à t'éclairer quelque peu sur celles qui me concernent.
Il but une grande gorgée de café et se pencha en arrière.
- Ton oncle et moi, tu le sais peut-être, mais nous étions ami depuis notre plus tendre enfance. Nous avons grandi pour ainsi dire ensemble. Puis animé par la même foi, nous avons fait notre séminaire communément. Nos études qui menaient à la fonction de prêtre furent longues et difficiles. Il nous fallut travailler dur. C'est donc tout naturellement que nous nous entraidâmes durant toute cette période, celant encore plus nos liens fraternels. Puis vint notre ordination. François Pierre avait le tempérament plus aventureux que moi et se tourna vers le missionnariat, quant à moi plus casanier, j'ai préféré la campagne française. La séparation fut douloureuse, pour la première fois de notre vie, nous fumes séparer pendant plusieurs années sans nous revoir. Bien sûr nous prenions des nouvelles l'un de l'autre, fréquemment. Ton oncle me contait les merveilles des mondes à christianiser, tandis que moi, je m'évertuais à lui dépeindre la difficile tâche de préservation de ceux déjà convertis. Puis vient une période où je n'eus plus aucune nouvelle de lui. Je continuais de lui écrire, mais les mois passaient et aucune lettre de sa part ne me parvint. Au bout de neuf mois, véritablement inquiet, j'allais me retourner vers le Saint-Siège, pour en savoir plus. C'est à ce moment-là que je reçus une lettre de sa part, me demandant de le rejoindre d'urgence. Affolé, je demandais un congé et me précipitait dans le premier avion disponible. Lorsque je fus arrivé là-bas, je vis qu'un grand bouleversement était arrivé dans sa vie. Il avait changé, de graves préoccupations l'obsédaient. J'ai passé deux semaines à ses côtés. C'est d'ailleurs à ce moment-là que nous avons fait cette photo, dit-il en tirant d'un tiroir un cadre identique à la photo que Lise lui avait déjà montré. Je l'ai conseillé du mieux que j'ai pu, puis je l'ai laissé prendre seul sa décision. Quelques mois après, il repartait pour de nouvelles missions dans d'autres pays. La suite tu la connais, sa maladie, son passage au Vatican. Une vie exemplaire de dévotion. Son histoire aux Canaries n'aura été qu'une parenthèse.
Lise hocha la tête.
- Mais que s’est-il passé là-bas ? Qu'est-ce qui le préoccupait tant ?
Le curé sourit.
- Nous avons beau être prêtres, nous n'en restons pas moins hommes Lise. Répondit le curé.
- La fille ? Il voulait quitter les ordres pour elle ? Demanda Lise
- Oui ! Mais ne les juge pas, elle aussi portait un lourd secret. Il n'a jamais voulu me dire de quoi il retournait, mais parait-il cela la mettait en grand danger et j'imagine que l'esprit protecteur de ton oncle ne pouvait se résigner à l'abandonner.
- Vous n'avez donc jamais su ? Demanda Lise qui regrettait presque d'en avoir trop dit à son arrivée.
- Non, jamais ! Même toutes ces années après, il n'a jamais voulu m'en dire plus. La seule chose qu'il m'ait dite, c'est qu'un jour, peut-être tu viendrais avec ce pendentif et que ce jour-là, je devrais te dire de prendre garde à toi et te dissuader d'en savoir plus, ce que j'ai fait la première fois où tu es venu me voir avec cette photo.
- Oui, ben c'est loupé ! Ça ne me suffit pas ! Et même s'il faut remuer le ciel et la terre, j'en saurai plus !
Le curé éclata de rire.
- Je ne vois pas ce qu'il y a d'amusant dit Lise offusquée.
- Ton oncle devait bien te connaître, parce qu'il avait prédit que tu réagirais comme cela.
Lise le regarda étonnée.
- Et alors ?
- alors, il a dit que dans ce cas, il te faudrait rencontrer une autre personne.
- Qui ? Demanda Lise.
- Elle ! Dit le Père Bret en pointant du doigt la jolie jeune fille de la photo.